Mes Romans
Nouveau roman
Un « road-trip » vers l’Italie, plein de péripéties, de rencontres drôles ou émouvantes, tendres ou grinçantes, tel est le voyage qu’entreprend Margot pour rejoindre sa jeune sœur Juliette en pleine déprime après une rupture amoureuse.
Mais, que lui réserve l’issue de ce périple ? Dans quel état d’esprit retrouvera-t-elle sa cadette ? Et que restera-t-il de toutes ces aventures une fois de retour en France ? Amitié ? Amour ? Désillusion ?
Partons vite avec elle, des Pyrénées Orientales à Sperlonga, sur les merveilleux rivages de la Méditerranée.
« Con ventiquattromila baci... la, la, la, la, perché l’amore... »
Fenêtre ouverte sur l'air doux de ce mois de mai, Margot file sur la petite route, entre les champs de vigne et les vergers. Le cœur léger, elle chante aussi faux qu'il est permis quand on est seule dans sa vieille 205. Au loin, le Canigou, bienveillant et impassible, coiffe encore une fine calotte blanche, en pasteur indulgent subissant les fausses notes suraiguës de son ouaille. La conductrice a dégoté dans un placard consacré aux vieilleries inutiles, un best-off de chansons italiennes qui tourne en boucle sur son lecteur de C.D. L'avantage de rouler dans une antiquité ! D'une justesse toujours aussi douteuse, elle enchaîne son répertoire avec Eros Ramazzotti et s'égosille sur le titre Fuoco nel fuoco, modulant douloureusement sur les « deux petits volcans » : « Come due piccoli vulca-a-a-ni... » Cette soif de mélodies transalpines a une origine très simple : ses vacances prochaines dans une petite ville entre Rome et Naples où sa jeune sœur Juliette l'attend pour des retrouvailles tant espérées. Elle a quitté le nid familial, presque un an auparavant, pour suivre le beau Davide, napolitain de son état. Son charme ravageur a fait perdre la tête à la benjamine et une fois le stage d'œnologie terminé, elle ne put que répondre par l'affirmative à cette proposition si romantique, teintée d'un délicieux accent : « Voudrais-tu venir vivre avec moi en Italie ? Non posso vivere senza di te...» Comment résister à une telle déclaration !
Un courrier égaré entre les pages d’un livre chiné dans une cabane à livres sera pour Julia le début de l’aventure. Découvrira-telle par qui et pour qui ces mots tendres furent écrits il y a cinquante ans ?
La phrase griffée sur cette carte postale réveillera-t-elle le passé et les secrets d’une bande d’enfants devenus adolescents.
L’écran bleuté reflète une lueur dansante sur son visage. Il a mal dormi. Sa découverte de la veille l’a tenu éveillé une grande partie de la nuit. Il n’en revient toujours pas. Il effleure la souris d’un mouvement de l’index et passe en revue une série de photos. Regards enjôleurs. Poses langoureuses. Il ne s’arrête sur aucune. Il veut seulement revoir le cliché, pourtant banal, de celle qui a perturbé son sommeil. Le doigt en suspension, il stoppe enfin le défilé. « Kiki-la-doucette » lui sourit.
Il se lève pour préparer un café et grignote deux biscuits diététiques. Le miroir lui renvoie les traits d’un homme fatigué, cernes sous les yeux. Heureusement sa carrure reste athlétique et son ventre n’affiche aucune proéminence sous son t-shirt. Par contre, au point de vue vestimentaire… « Pourrait mieux faire » auraient dit les profs de son enfance ! Et comme nombre d’hommes, rentrer dans un magasin lui donne des sueurs froides. Choisir parmi cette débauche de fringues sur les portants le paralyse. Mais, aujourd’hui est un jour spécial ; il se doit d’être à la hauteur de l’événement. Même si de gros doutes l’assaillent. Est-ce vraiment une bonne idée, ce rendez-vous ?
Passionnée de flamenco, Claire, comme tous les ans, se rend à Séville pour un stage. Un quiproquo à l’aéroport lui fera rencontrer Pierre, un séduisant photographe. Mais que restera-t-il de cette relation une fois de retour à Paris et surtout quelles fêlures cache cet homme si imprévisible ?
…Les Sévillans commencent à s’aventurer le long du fleuve pour la promenade vespérale coutumière. Des couples soigneusement vêtus passent non loin de lui. Leur sillage embaume l’eau de toilette. Effluves sucrés, entêtants. Les femmes avancent d’une cadence nonchalante et altière. Pas précis, élégants. Elles effleurent le bras de l’homme qui les accompagne. Le regard fier de ce dernier, presque blasé, reste pourtant attentif à l’intérêt qu’ils suscitent. On se salue, on échange quelques potins, et on reprend son chemin, port-de-tête royal, expression lointaine. Il semble cependant à Pierre qu’il suffirait d’un accord de guitare pour que le corps de ces belles se cambre et que leurs bras esquissent les courbes gracieuses d’un mouvement de flamenco. Que le masque des convenances tombe et qu’explose tout ce trop-plein de sensualité. Il se promet de revenir le lendemain pour capter quelques silhouettes et portraits dans cette atmosphère si particulière, vibrante de son empreinte andalouse, où force et lascivité sont physiquement mêlées…
À travers un siècle d’Histoire et d’histoires, les pérégrinations d’un bijou créé, transmis, volé, perdu, racheté. Cette bague sera le témoin de toutes les femmes qui l’auront portée, de Marie la fiancée du poilu de 1914 à Mona, la jeune fille libérée de 2014.
Cent ans cette année et encore un bel avenir devant moi.
Conçue dans la chambre d’un beau jeune homme brun et ténébreux, dessinée avec amour et inspirée par sa fiancée Marie, sous la mine de son crayon, je suis apparue griffée par de petites lignes fines et précises.
Je suis assez fière de moi car je suis unique. Et vous pouvez me croire : j’en ai côtoyé des bijoux depuis ma création et de tous les styles ! Mais une bague aussi originale, dans des matériaux aussi nobles que les miens, jamais !
Vous auriez vu le bonheur partagé des deux tourtereaux quand pour la première fois ils ouvrirent l’écrin sur moi, brillante et pimpante, sublimée d’un riche velours rouge mettant en valeur mes diamants, mon émail bleu nuit et l’or de mes courbes…
Dommage que mon rôle n’ait été par la suite que consolation. Naître en 1914 et perdre quelques mois après mon créateur fut bien triste pour moi et terrible pour Marie. La pauvre jeune fille, éperdue de chagrin, passa de longs moments à pleurer, à me caresser, à me serrer entre ses mains essayant de deviner encore la chaleur des doigts de celui qui m’avait imaginée, juste pour elle.
Ah, l’histoire avec un grand H est décidément bien cruelle !
En Catalogne du Sud, Merché retourne sur les traces de son passé. Ses parents ont quitté précipitamment l’Espagne alors qu’elle était bébé sans jamais vouloir lui dire pourquoi, même devenue adulte.
Née sous le franquisme, toutes les hypothèses lui sont permises. Est-elle un enfant volé ? Son père a-t-il commis une exaction ? Ou ont-ils fui pour sauver leur peau ? Elle va mener sa propre enquête et sera confrontée à la folie des hommes.
Son index au-dessus de la souris, elle hésite encore une fraction de seconde, puis elle clique sur « Confirmer la réservation ».
« Voilà, c’est fait. Je ne peux plus revenir en arrière. »
Depuis des semaines, ses envies, ses craintes, ses contradictions s’agitent en tempête sous son crâne. Un perpétuel questionnement vient la chahuter au quotidien : a-t-elle raison de choisir Lleguet comme destination pour leurs vacances ? Du plus loin qu’elle se souvienne, lorsqu’elle interrogeait ses parents sur le village d’où ils venaient, le sujet était tabou ; une période de leur vie qu’ils souhaitaient oublier. De vieux démons se seraient-ils réveillés à l’évocation du passé ? Mais, têtue et pleine d’imagination, la petite fille puis l’adolescente obstinée n’avait de cesse de revenir à la charge, poussée par une volonté farouche d’en connaître davantage sur le berceau de sa famille, sur ses origines. Cette curiosité se trouvait d’autant plus exacerbée qu’une histoire mystérieuse semblait s’y rattacher et la réticence bornée que lui revoyaient son père et sa mère achevait de nourrir ses théories romanesques.
Maman regardait sa montre-bracelet toutes les minutes et paraissait de plus en plus anxieuse. Allait-il venir ? Elle avait quitté son service à l’Arvro, le grand hôtel investi par les officiers allemands, voilà une heure et toujours pas de Gilbert.
-On rentre à la maison, maman ?
-Non, attendons encore un peu. Il va arriver. J’en suis sûre. Il ne t’a rien dit de spécial hier quand tu lui as remis le message ? Sans cela tu me l’aurais dit, n’est-ce pas, Angèle ?
-Bien sûr, dis-je en feignant de chercher nerveusement un mouchoir dans ma poche(…)
(…)Deux heures que nous attendions. Au loin, une voiture militaire allemande roula dans notre direction. Maman me tira par le bras, derrière les pins. Nous nous accroupîmes.
-On devrait rentrer, maman. C’est toi-même qui m’a dit que c’était dangereux de se faire repérer par les boches.
-Tu as raison. Rentrons. Gilbert viendra sans doute demain.
Ni le lendemain. Ni les autres jours. Mon père que j’appelais par son prénom, ne revint jamais attendre ma mère à la fin de son service.